28/11/2020

Le travail, une forme d’adoration

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Le mot hébreu “avodah” (ah-vod-ah) est traduit dans les versions françaises de la Bible à la fois par travail et adoration. Une meilleure traduction du mot travail est le terme service. Dieu reçoit notre travail comme une adoration qui lui est faite. En termes simples: le travail est une forme d’adoration. La similitude entre les deux termes met en évidence que, aux yeux de Dieu, notre travail est de l’adoration, en ce sens qu’il n’est pas accompli pour notre propre bénéfice, mais plutôt comme une offrande à Lui. Cela signifie que notre lieu de travail est sous la souveraineté de Dieu. Nous devons interagir avec Dieu et parler de Lui dans notre lieu de travail, comme nous le faisons à l’église ou à la maison. Notre lieu de travail est un lieu de louange où nous pouvons exprimer la compassion du Christ en paroles et en actes.

Pour définir la notion théologique de travail, il faut commencer par la Parole de Dieu et les mots que Dieu utilise. Le mot hébreu avodah est essentiel pour comprendre la vision de Dieu sur le travail et l’’adoration. Ce nom עֲבוֹדָה [avoda] apparaît 145 fois, faisant de ce groupe de mots un thème substantiel de l’Ancien Testament. Le verbe racine עָבַד [avad] apparaît 289 fois dans la Bible, principalement sous sa forme simple qal. Cela n’inclut pas la forme substantive, עֶבֶד [eved], qui apparaît 780 fois de plus dans l’Ancien Testament. Le groupe de mots עבד est traduit dans la version française de l’Ancien Testament de trois façons principales:

(1) Avad [עָבַד] est le plus souvent traduit par “service”, décrivant une situation où quelqu’un se soumet à quelqu’un autre. Cela peut être la relation d’un esclave à un maître (Exode 21: 6), d’un sujet à un roi (2 Samuel 16:19) ou même d’un fils à son père (Malachie 3:17). Un de ces usages du mot service se trouve dans 1 Rois 12, quand le peuple d’Israël demande au roi Roboam d’alléger les impôts que son père, Salomon, leur avait imposés. S’il abaissait les impôts, le peuple promettait alors de le servir [avad] comme roi.

(2) Avad [עָבַד] peut être traduit par “culte”, faisant référence au culte de YHWH (Josué 24:14; Ezéchiel 20:40) ou au culte des idoles (Exode 20:5; Josué 23:7; Psaume 97:7). Lorsqu’il appelle Moïse pour conduire son peuple hors d’Égypte, Dieu lui fait cette promesse: “quand tu auras fait sortir d’Egypte le peuple, vous servirez [avad] Dieu sur cette montagne” (Exode 3:12).

(3) Avad [עָבַד] se traduit également par “travail” ou “travail commun”. Ce mot désigne à la fois les vocations laïques (Exode 5:18; Ézéchiel 29:18) et sacrées (Exode 13:5; Nombres 3:8; Josué 22:27), qu’elles soient rémunérées (Genèse 29:27) ou non (Jérémie 22:13). Dans Exode 34:21, en référence au sabbat Dieu dit: “Tu travailleras [avad] six jours, et tu te reposeras le septième jour; tu te reposeras, même au temps du labourage et de la moisson.”

Dans son étude sur le travail dans les évangiles, Os Hillman souligne que “… parmi les 132 apparitions publiques de Jésus dans le Nouveau Testament, 122 étaient sur un lieu de travail. Parmi les 52 paraboles racontées par Jésus, 45 étaient dans dans un contexte de lieu de travail”. Jésus n’a jamais abordé le thème de la séparation entre sacré et laïque, parce qu’une telle division n’a jamais existé dans la pensée juive. Les Juifs comprenaient que tout ce qu’ils faisaient dans leur travail et à la synagogue était fait à la gloire de Dieu. C’est pour cela que la notion de qualité est si importante pour les travailleurs juifs. Ils ne travaillent pas uniquement pour eux-mêmes, mais leur travail est aussi un culte rendu à Dieu.

Le Rabbi Ira F. Stone clarifie cela quand il écrit; Le terme hébreu pour service, “avodah”, est le même mot que nous utilisons à la fois pour travail et culte. Ce n’est pas un accident… la vraie obligation n’est pas simplement d’adorer avec des mots, mais d’accomplir le difficile travail du service.

Le lieu de travail est le lieu où nos limites, nos peurs et notre égoïsme nous sont révélés. C’est l’endroit où notre véritable nature de péché fait surface. C’est donc l’endroit où les gens sont le plus disposés à rencontrer Dieu. Nous devons nous efforcer à la fois d’enseigner et de d’être des exemples de la façon dont la prière et l’adoration se manifestent au bureau, en classe, ou à l’usine autant qu’à l’église. Ceci est essentiel pour vivre une vie telle que Dieu l’a créée et nous a appelés à vivre.

Il est primordial d’avoir conscience de l’exemple que nous donnons.

De mon vivant, Haïti est peut-être le meilleur exemple de l’échec des stratégies missionnaires traditionnelles. Tant d’églises ont investi tellement de temps et d’argent dans Haïti, mais en plus de vingt ans, qu’est-ce qui a vraiment changé? Il y a des églises partout, mais la pauvreté et la corruption sont toujours prévalentes.

Considérez aussi le Rwanda. En 1994, avant le déclenchement de la guerre, la majorité des Hutus et des Tutsis affirmaient suivre Jésus. Pourquoi alors deux groupes de personnes supposément évangéliques chercheraient-ils à s’anéantir? Deux étudiants de ma promotion à Columbia International University ont séjourné au Rwanda à la fois avant et après le génocide. Lorsque je leur ai posé cette question, ils m’ont tous deux expliqué en détail comment l’église était entrée dans la communauté et avait été rapidement adoptée par la population. Les culte et les actes de service étaient vivants et impressionnants. Cependant, comme les membres de la mission avaient un style de vie distinct entre activités laïques et sacrées, les croyants faisaient de même. Leur religion se pratiquait à l’église, occasionnellement chez eux, lors des repas par exemple; mais jamais leur foi n’avait été intégrée dans leur vie quotidienne ou sur leur lieu de travail. En conséquence, la foi de ces croyants n’a eu que peu d’impact sur le gouvernement et le système social en général.

Je me demande si l’échec de beaucoup de nos projets d’évangélisation n’est pas lié à notre incapacité à aider les nouveaux croyants à vivre leur foi sur leur lieu de travail. Le travail d’une personne occupe une place centrale dans sa vie. Les relations et les obligations qui accompagnent le travail de cette personne le préoccupent bien au-delà des heures de travail. Il est tout à fait naturel de vouloir être performant dans son travail pour gagner plus. Mais à moins que l’Evangile apporte une transformation sur le lieu de travail, je crois que nous ne verrons pas de changements significatifs dans notre société. Les gens ont tendance à imiter ce qu’ils voient, non pas ce qu’ils entendent. Donc, tant que les missionnaires ne seront pas des modèles de l’Évangile sur leur lieu de travail, je crains que le changement biblique ne prendra pas racine dans la communauté. Nous devons être des acteurs de la parole de Dieu dans tous les domaines de la vie et du travail d’une communauté, pas seulement à l’église.

Par Patrick Lai, www.openusa.net


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Patrick Lai


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