Dans un article récent, un groupe d’auteurs du CEF (Forum Economique Chrétien) a présenté un terme nouveau pour décrire l’activité d’un créateur d’entreprise qui aspire à développer une activité professionnelle alignée avec la mission locale de l’église: l’ecclésiopreneuriat.
Ecclésiopreneuriat est un néologisme créé en juxtaposant le mot grec ekklesia (traduit communément par « église ») et le mot entreprenariat (un terme technique pour décrire la préparation, le lancement et le développement d’une nouvelle entreprise). L’ecclésiopreneuriat combine une recherche théologique du rôle de l’église avec l’énergie et la passion des entrepreneurs qui lancent leur nouvelle activité.
Cette approche est assez populaire en Allemagne ou plusieurs paroisses protestantes et catholiques sont en train de développer des initiatives, parfois épaulées par des équipes universitaires.
Le concept d’ecclésioprenariat est fondé sur trois principes directeurs.
1. Se considérer comme cocréateur de ce monde quand on lance un projet d’entreprise
Trop longtemps, nous avons séparé le rôle de l’église du rôle de l’entreprise. Nous les avons considérées non seulement comme étant des entités séparées mais aussi comme ayant des vocations différentes. L’église s’occupe des âmes et de thèmes spirituels, alors que l’entreprise s’occupe des besoins matériels et de sujets séculiers. Cette vision est non seulement théologiquement infondée, mais elle nous empêche de répondre à notre appel divin d’être cocréateurs de ce monde.
Il est écrit dans Genèse 1 que « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre ». On peut assimiler les cieux au domaine de l’invisible et la terre au domaine des choses visibles. Ces deux domaines font partie du plan originel de Dieu pour notre planète qui combinait le visible et l’invisible, le matériel et le spirituel. La chute de l’homme décrite dans Genèse au chapitre 3 a eu entre autres conséquences l’apparition d’une séparation entre ces domaines.
Dans le Nouveau testament, Jésus a reconnecté ces deux de manière éclatante. Il a guéri les personnes atteintes de maladies physiques, nourri les foules affamées, et il est ressuscité physiquement – tout en insistant constamment sur la dimension spirituelle de l’être humain. En enseignant la prière à ses disciples, Jésus leur a demandé de prier « Que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». En d’autres mots, Il a demandé à Ses disciples de prier et d’agir pour la reconnexion du monde spirituel au monde matériel pour la gloire de Dieu.
Un ecclésiopreneur doit intégrer cette réalité quand il crée son business plan. Le but de l’entreprise ne doit pas simplement être de générer des bénéfices pour ensuite faire des dons à une église ou une organisation caritative. Son but doit être de s’aligner avec le plan originel de Dieu pour ce monde.
2. Développer un projet d’entreprise qui résout un problème dans notre Cité
Le mot grec ekklesia possède deux racines : ek (qui signifie « hors de ») et kaleo (qui signifie « appeler »). Littéralement, l’église ekklesia est le rassemblement de ceux qui ont été appelés. On trouve ce terme fréquemment dans le Nouveau Testament pour décrire l’assemblée des disciples récents de Jésus qui se réunissaient régulièrement dans leur ville ou leur village. Il est important de noter que le terme ekklesia n’a pas été inventé par Jésus ou par l’apôtre Paul. Avant la période du Nouveau Testament, c’était déjà un mot régulièrement utilisé dans la communauté grecque pour décrire l’assemblée des anciens appelés à se réunir pour discuter des problèmes de la Cité. Si les auteurs du Nouveau Testament avaient simplement voulu décrire un rassemblement de fidèles, ils auraient pu utiliser les mots grecs agora, sunagoge ou synago. Mais ils ont intentionnellement utilisé le terme ekklesia qui avait une signification bien particulière dans la culture gréco-romaine. Chaque ville ou village avait une ekklesia constituée d’hommes âgés et sages, choisis en fonction de leur vie, de leur expérience, qui tenaient conseil à intervalles réguliers pour discuter des affaires de la Cité. Si une ville était par exemple frappée par une catastrophe comme un tremblement de terre, l’ekklesia se réunissait pour discuter de la reconstruction de la ville. Ou s’il y avait une dispute avec un village voisin, l’ekklesia se réunissait pour résoudre cette dispute et rétablir la paix. De même, les conflits de voisinage au sujet de la terre ou du bétail pouvaient être amenés devant l’ekklesia. Le rôle de l’ekklesia était d’une certaine façon de fournir un conseil sage aux habitants de la Cité. Si une ville possédait une bonne ekklesia, elle se portait bien en général. Mais quand une ville avait une mauvaise ekklesia, c’était le trouble assuré.
Quand un ecclésiopreneur développe son projet d’entreprise, il ou elle doit prendre en compte les problèmes de la Cité. Comment l’entreprise pourrait-elle améliorer la Cité ? Comment pourrait-on insuffler un peu de sagesse à la Cité au travers de l’entreprise ? Quels services pourrait-on créer qui amèneraient plus de justice, de paix et de liberté aux autres citoyens ?
3. Prendre des risques pas uniquement pour générer des profits mais pour une transformation spirituelle et sociale.
Le premier auteur à conceptualiser la notion d’entreprenariat fut l’économiste franco-irlandais Richard Cantillon. Il décrivit l’entrepreneur comme un preneur de risque qui met délibérément en œuvre des ressources pour exploiter des opportunités afin d’en tirer un profit financier.
Les entrepreneurs sont souvent comparés à des « aventuriers des temps modernes » prêts à prendre des risques quand ils se lancent dans le financement d’une nouvelle idée d’activité, dans la recherche de clients, et dans le développement de systèmes de gestion de leur temps, leur personnel, leurs processus et leurs produits.
De même, un ecclésiopreneur est prêt à s’avancer et à prendre des risques dans le lancement d’un nouveau business. Il ou elle comprend qu’une entreprise solide a besoin d’un financement adéquat. Pourtant son objectif va au-delà de la récompense financière – il inclut la transformation spirituelle et sociale de la société. Comment ton entreprise peut-elle changer le climat spirituel de ta ville ? Comment peux-tu employer tes ressources, tes produits ou ton personnel pour servir le Royaume de Dieu ? Quelles actions pratiques dans ta ville produiront des dividendes éternels ?
D’après un article de Cris Zimmermann, https://www.faithdrivenentrepreneur.org/blog/2018/10/8/ecclesiopreneurship
